« 2 juillet 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 201-202], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12124, page consultée le 25 janvier 2026.
2 juillet [1842], samedi matin, 10 h.
Bonjour mes Totos bien-aimés, bonjour mes chers petits, comment avez-vous passé la nuit tous les deux, mes chers petits hommes1 ? Bien, n’est-ce pas mes pauvres petits amoureux ? Je l’espère et je le désire de tout mon cœur. Je vais faire force de voile pour être prête tantôt si tu viens nous chercher. Depuis ce matin, je fais recoudre, repasser, retaper et repriser les restes des zaillons2 de ma pauvre péronnelle3. J’ai encore à lui faire écrire le catalogue de ses guenilles en partie double, après quoi tout sera fait. Il fait un temps ravissant qu’elle va mettre à profit avec fureur car depuis six mois la pauvre enfant a été presque en prison4 et je sais par moi-même combien c’est pénible. Je désire qu’elle profite autant des études que du bon air, alors ce sera charmant. En attendant la voilà remise à neuf, ou à peu près. Nous verrons ce que ça durera. Pauvre Toto chéri, comment va ta petite main ? Tu serais bien gentil de venir ce matin m’en donner des nouvelles et me l’apporter à baiser. Cela me donnerait du cœur au ventre pour le reste de la journée et vraiment j’en ai besoin car je ne suis rien moins que gaie tous ces jours-ci mais je ne veux pas me plaindre pour ne pas t’ennuyer. Je t’aime, voilà qui est bien bon et bien vrai. Le bonheur viendra quand il plaira à Dieu. Jour Toto. Jour mon cher petit o. Je vous aime, guérissez votre belle petite main tout de suite.
Juliette
1 Juliette s’enquiert de la santé de Victor Hugo et de son fils François-Victor, convalescent.
2 Liaison phonétique pour « mes haillons ».
3 Juliette désigne ainsi sa fille Claire.
4 Pendant l’année scolaire, Claire est en pension.
« 2 juillet 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 203-204], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12124, page consultée le 25 janvier 2026.
2 juillet [1842], samedi après-midi, 3 h. ¾
Tout est prêt, mon Toto chéri, cette fois-ci nous n’avons plus qu’à mettre nos mains
dans nos poches et à nous en aller. Je crains que tu ne sois pas aussi avancé que
nous
et que ce ne soit pas encore pour aujourd’hui la fameuse conduite de Clarinette. Petit à petit ma ménagerie se dépeuple :
hier Jacquot, ce soir ou demain Clairon et un jour quelconque Fouyou. Il ne restera bientôt plus que vous et moi,
ce qui n’est pas capable d’empêcher la fin du monde d’arriver bientôt au train dont
nous y allons. Je voudrais bien savoir comment tu vas mon cher adoré, comment notre
cher petit garçon a passé la nuit. Enfin j’ai encore bien d’autres raisons au fond
du
cœur pour désirer te voir. Si tu en avais la moitié autant, tu serais bien vite auprès
de moi.
Je désire, mon Toto, que tu ne cesses pas de m’apporter tes lettres,
comme autrefois, petit à petit, mon amour, vous vous déliez de tous ces petits liens
d’amour dont vous m’avez garrottée et bientôt vous cesserez de m’aimer sans vous en
apercevoira, si cela n’est pas
déjà fait. Je te prie mon Toto, de reprendre tes bonnes anciennes habitudes et de
m’aimer comme autrefois si c’est possible. Je n’ai pas cessé de t’aimer, moi, comme
le
premier jour. Je n’ai pas quitté les bonnes habitudes de confiance et de déférence
que
je te dois. Je voudrais qu’il en fût de même de toi. Vois-tu mon cher adoré tous ces
petits relâchements vous conduisent, tout doucement, à l’indifférence. C’est pour
cela
que je suis si malheureuse quand je m’en aperçois.
Juliette
a « appercevoir ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
